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La page de plumette
August 20 TransfigurationSymboles émotifs, peignez nos visages
Avec les couleurs du temps, de rus, de fleuves,
Où coulent les eaux douces telles une preuve
De nos coeurs troublés, salés par vos sillages.
Mettez entre parenthèses nos grimaces,
Aimables ou cyniques, mimées au début
Au miroir maternel puis libres devenues.
Bordez nos psychés colorées, emplies de strass,
Pour lancer les éclats de l'âme sournoise.
Chiffonnez, sur l'étal du cerveau scintillant,
Les données gravées et lissez les pantoises.
Sculptez les masques de nos rusés sentiments.
Cette œuvre sera perçue avec déraison
Par les jumeaux s'identifiant dans l'expression.
Plumette MonologueBaudelaire est à mes yeux, ce que Thiéfaine est à mes oeilles quand plus rien ne va. Je trouve toujours chez eux les mots nécessaires à détruire ma solitude. Car au-delà de la mort et de la distance, demeure l'esprit. Malheureusement, quand il est noir, il est mieux de le laisser dans l'obscurité afin de ne pas effrayer ceux qui vivent dans la lumière.
Comme Diogène, la faible lueur d'une lanterne à la main sous le soleil, je cherche... et je ne vois rien. Savez-vous pourquoi ? Parce que mes yeux, trop hauts, reflètent à ma cervelle du bleu, des étoiles, des nuages, des éclairs. Dès qu'ils redescendent, certes parfois, ils voient le bonheur dans les gens brillants, mais plus souvent, ils s'aveuglent dans les aléas des gens bruyants. Hélas, mon ciel est couvert et coléreux, les fleurs y fanent et les arbres y brûlent.
Dans cette lecture où le ciel pleure pour alimenter les sources, je me demande s'il me sera possible d'en croiser une où les fleurs pourront respirer et l'incendie s'éteindre.
Et, dans l'écriture où mon âme pleut, mes amours ne répondent plus ou pas pour me rappeler qu'un stylo ne laisse que de l'encre, un écran des pixels et que la parole dort.
(Enfin, c'est la vie !) CauserieVous êtes un beau ciel d'automne, clair et rose !
Mais la tristesse monte en moi comme la mer,
Et laisse, en refluant, sur ma lèvre morose
Le souvenir cuisant de son limon amer.
- Ta main se glisse en vain sur mon sein qui se pâme ;
Ce qu'elle cherche, amie, est un lieu saccagé
Par la griffe et la dent féroce de la femme.
Ne cherchez plus mon coeur ; les bêtes l'ont mangé.
Mon coeur est un palai flétri par la cohue ;
On s'y soûle, on s'y tue, on s'y prend aux cheveux !
- Un parfum nage autour de votre gorge nue !...
Ô beauté, dur fléau des âmes, tu le veux !
Avec tes yeux de feu, brillants comme des fêtes,
Calcine ces lambeaux qu'ont épargnés les bêtes !
Charles Baudelaire XXXIX - dernier sonnet du cycle de JeanneJe te donne ces vers afin que si mon nom
Aborde heureusement aux époques lointaines,
Et fait rêver un soir les cervelles humaines,
Vaisseau favorisé par un grand aquilon,
Ta mémoire, pareille aux fables incertaines,
Fatigue le lecteur ainsi qu'un tympanon,
Et par un fraternel et mystique chaînon
Reste comme pendue à mes rimes hautaines ;
Etre maudit qui, de l'abîme profond
Jusqu'au plus haute du ciel, rien, hors moi, ne répond !
- Ô toi qui, comme une ombre à la trace éphémère,
Foules d'un pied léger et d'un regard serein
Les stupides mortels qui t'ont jugée amère,
Statue aux yeux de jais, grand ange au front d'airain !
Charles Baudelaire Le guignonPour soulever un poids si lourd,
Sisyphe, il faudrait ton courage !
Bien qu'on ait du coeur à l'ouvrage,
L'Art est long et le Temps est court.
Loin des sépultures célèbres,
Vers un cimetière isolé,
Mon coeur, comme un tambour voilé,
Va battant des marches funèbres.
- Maint joyau dort enseveli
Dans les ténèbres et l'oubli,
Bien loin des pioches et des sondes ;
Mainte fleur épanche à regret
Son parfum doux comme un secret
Dans les solitudes profondes.
Charles Baudelaire
Merci de votre visite ! |
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